
Eloigné de vos yeux, Monsieur, par des soins
Impérieux (j'en prends tous les dieux à témoins),
Je languis et je meurs, comme c'est ma coutume
En pareil cas, et vais, le coeur plein d'amertume,
A travers des soucis où votre ombre me suit,
Le jour dans mes pensers, dans mes rêves la nuit,
Et, la nuit et le jour, adorable, oh oui!
Si bien qu'enfin, mon corps faisaint place à mon esprit,
Je deviendrai fantôme à mon tour aussi, moi,
Et qu'alors, et parmi le lamentable émois
Des enlacements vains et des désirs sans nombre,
Mon ombre se fondra pour jamais en votre ombre.
En attendant, je suis, très cher, ta servante.
Or, Monsieur, un projet impatient me hante
De conquérir le monde et tous ses trésors pour
Mettre à vos pieds ce gage -indigne- d'un amour
Egal à toutes les flammes les plus célèbres
Qui des grands coeurs aient fait resplendir les ténèbres.
Hippolyte fut moins aimé, oui, sur ma foi!
Par Aricie et par Phèdre que vous par moi,
N'en doutez pas, Monsieur, et je saurai faire faillite
Comme Phèdre pour un sourire, ô Hippolyte,
Et comme Aricie fuir au seul prix d'un baiser.
Sur ce, très cher, adieu. Car voilà trop causer,
Et le temps que l'on perd à lire une missive
N'aura jamais valu la peine qu'on l'écrive.