mardi 15 avril 2008

Lettre


Eloigné de vos yeux, Monsieur, par des soins

Impérieux (j'en prends tous les dieux à témoins),

Je languis et je meurs, comme c'est ma coutume

En pareil cas, et vais, le coeur plein d'amertume,

A travers des soucis où votre ombre me suit,

Le jour dans mes pensers, dans mes rêves la nuit,

Et, la nuit et le jour, adorable, oh oui!

Si bien qu'enfin, mon corps faisaint place à mon esprit,

Je deviendrai fantôme à mon tour aussi, moi,

Et qu'alors, et parmi le lamentable émois

Des enlacements vains et des désirs sans nombre,

Mon ombre se fondra pour jamais en votre ombre.


En attendant, je suis, très cher, ta servante.


Or, Monsieur, un projet impatient me hante

De conquérir le monde et tous ses trésors pour

Mettre à vos pieds ce gage -indigne- d'un amour

Egal à toutes les flammes les plus célèbres

Qui des grands coeurs aient fait resplendir les ténèbres.

Hippolyte fut moins aimé, oui, sur ma foi!

Par Aricie et par Phèdre que vous par moi,

N'en doutez pas, Monsieur, et je saurai faire faillite

Comme Phèdre pour un sourire, ô Hippolyte,

Et comme Aricie fuir au seul prix d'un baiser.


Sur ce, très cher, adieu. Car voilà trop causer,

Et le temps que l'on perd à lire une missive

N'aura jamais valu la peine qu'on l'écrive.