mercredi 20 avril 2011


Moi, la vraie souffrance, je l'ai connue à dix-huit ans. J'avais acheté une paire de souliers pour aller au bal de Santa Cruz. C'était Pedrito Mariposa qui jouait (un tambourinaire qui te faisait danser rien qu'en le voyant). Avec lui, il y avait plus de filles que de gros poissons dans la mer. A peine arrivé, je fonce, une conga, deux congas, et c'est le désastre. Impossible d'implorer fut-ce la Vierge de Cuivre pour me venir en aide. C'était les souliers, ma petite fille ! Les premiers que je m'étais mis (et les seuls). En me voyant sortir du bal, les gens croyaient que je marchais sur des crocodiles. Avant d'arriver à Candelaria, je rencontre Ramon (un ami) et je lui mets les souliers neufs devant les yeux. "Ils représentent une fortune. Pour quatre pesos, je te les donne." Ils m'en avaient coûté sept mais les douleurs que j'avais valaient un million. La misère, les morts, les peines de coeur et tout ce que tu racontes, c'est dur, mais, d'une façon ou d'une autre, on tire toujours en avant. Avec une paire de souliers qui te font mal, impossible. C'est ce qui s'appelle souffrir (ma petite).